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August 30 Jenny le GénieAujourd’hui, dans la fumée de ma cigarette, un génie m’est apparu. Passé le premier instant de surprise, je me suis dit que je la connaissais trop bien l’histoire du génie qui pose la question des trois vœux, alors je ne lui ai pas laissé le temps d’ouvrir la bouche, et je lui ai demandé direct : « Dites, Jenny (après tout, pourquoi les génies seraient-ils du genre masculin ? Jenny le génie, c’est aussi bien…), c’est vrai que les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus ? ». A ces mots, Jenny le génie m’a regardée avec des yeux écarquillés comme si je lui avais dit « Dites, Jenny, c’est vrai que les hommes viennent des fesses et les femmes de l’anus ? », ce qui j’en conviens, n’aurait eu aucun sens puisque fesses et anus annulent par définition l’essence même de mon interrogation, à savoir : la différence. Quoiqu’il en soit, après un hoquet timide, Jenny le génie a eu la gentillesse de me répondre d’une voix hésitante : « Mars et Vénus sont des planètes, s’il y a été fait place nette, ce sera peut-être plat, mais ce ne sera pas vraiment bête ». J’en suis restée coite et un peu interdite. Y’avait-il un sens caché ? Laissant la réflexion pour plus tard et retrouvant un soupçon d’assurance après cette affirmation désarmante, je me suis risquée à poser à Jenny le génie une seconde question : « Dites, Jenny, est-ce que les gens peuvent changer ? ». « Bien sûr, m’a-t-elle répondu, même les génies le peuvent ! Ecoute : ‘quand te reverrèèèèèèjeuuuh, péiiiiiiiii mêêêrveill…’ ». « Non ! Pas chanter, Jenny, changer ! Se modifier, se remanier ! Changer ! Tu sais ce que ça veut dire ? ». Là, Jenny le génie a eu l’air tout à coup terriblement gênée pour moi, comme si je lui apparaissais tout à coup comme la dernière des abruties, et, le rouge aux joues, elle m’a confié une autre phrase, comme elle seule semble en détenir le secret : « Les gens peuvent changer si ça ne les empêche pas de chanter ». Une seconde, je me suis demandée si elle ne me prenait pas pour une parfaite imbécile, mais devant son attitude et son regard bienveillant, j’ai fini par admettre que le sens de ses paroles devait être plus profond qu’il n’en avait l’air. Alors je me suis mise à creuser. Et j’ai fait quelques trouvailles : les gens ne peuvent pas devenir ce qu’ils ne sont pas. Ne peuvent pas donner ce qu’ils ne possèdent pas. On ne peut pas jouer une partition si on n’a jamais appris le solfège. Attendre des gens ce qu’ils ne peuvent pas offrir, c’est s’exposer à la souffrance, à la colère et à la frustration. Mais si l’on est frustré, c’est qu’une partie de soi n’a pas ce dont elle a besoin. Faudrait-il mettre cette partie de nous-mêmes en sourdine pour que l’autre puisse nous emmener dans une autre galaxie, vers ce que nous ne sommes pas ? C’est un voyage bien impossible entre deux planètes pas très nettes… Si les gens ne peuvent pas devenir ce qu’ils ne sont pas, moi non plus. Sortant de mes pensées, j’ai levé les yeux pour voir si Jenny le génie était toujours là, mais elle avait disparu. Dans le cendrier, ma cigarette avait fini de se consumer, ne laissant que des cendres froides. August 28 Des mot-à-mot pour les copieurs, Des mot-pour-mot pour les cafteurs !
Les mots sont autant de voyages… J’ai confectionné un bouquet de mots-paysages Et l’ai posé sur un radeau Des roses, des noirs, des idéaux Pas toujours sages, pas vraiment beaux… J’ai poussé tout ça vers le large Tant pis si certains mots se noient Je sais que le sens sait nager Flottant à la surface des choses… Mais sait-il aussi s’amarrer Devant le vernis étanche d’une porte close ? Le poids des mots que j’ai choisis Ne suffit pas à jeter l’ancre Il semble alors Que rien n’ait été retenu… L’embarcation troque son voyage pour une dérive Rejetée par tous ceux qui n’ont pas voulu l’arrimer Par peur de frôler le curieux équipage Ayant pour capitaine un mot trop exalté Plus on y met de force Plus on peut toucher loin Alors certains se ferment et se taisent avec soin… A force de voguer sans but désormais Dans la houle grandissante loin de la foule absente Mes mots devenus orphelins attrapent le mal de mer D’un bouquet enthousiaste passent à une gerbe austère Et vomissent leurs significations inutiles Et délestent le radeau Et transforment l’océan en un liquide amer Où l’on n’a plus jamais envie de boire la tasse Pour tenter malgré tout d’assécher les abysses Et de s’approcher toujours un peu plus près de l’autre continent.
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