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June 30 Le chat et la sourisCertains se planquent comme des souris dans leurs trous, parce que les chats font peur. Plutôt rester dans le noir de l’absence, l’obscurité rassurante d’un nid solitaire mais familier, où l’absence du fromage pourtant si convoité ne brise en rien l’équilibre douillet jusqu’alors fabriqué. Plutôt le retrait sans vague que le défi d’une menace inconnue où planent des ombres inquiétantes. Plutôt le renoncement de ce à quoi l’on tient que la tentative éprouvante de s’apprivoiser, de briser sa routine, d’enrayer ses réflexes. Les souris ont trop peur du chat pour s’y mesurer alors que certains chats ne demandent qu’à aimer. La haine vient de la fuite et des facilités, des ressentis figés qui jamais ne débordent, d’attitudes tempérées telles des indifférences. Entre souris et chat, des mètres de carrelage comme un fossé sans fond, où se mélangent l’exaltation de l’un et l’inertie de l’autre, imbuvable potion de plus en plus brûlante, et qui explose enfin dans ses oppositions. Dans son trou, la souris danse, pense, compense, patience ou turbulences, carences ou nonchalance, peu importe : le chat a mis ses bottes, et part en d’autres lieux. « Il n’est pire servitude que l’espoir d’être heureux ».
June 17 About a pictureJ'ai rencontré il y a peu de temps une fille que j'ai envie de connaître davantage, grecque et étudiante à Paris, passionnée par la photo. Attablées autour d'un café il y a quelques jours, elle m'a confié une de ses photos, qui selon elle n'était pas "très bonne" mais qu'elle aimait tout particulièrement. Lui ayant confié lors de notre rencontre que j'aimais beaucoup écrire, elle m'a proposée de faire un petit texte à propos de ce cliché. Je me suis attelée à la tâche, et voici le résultat.
Parfois, longtemps, on espère que la vie va changer. Et puis un jour, on comprend que la vie ne changera pas, que la vie continue, s’étire, fidèle à elle-même, égale dans ses imprévisibilités, espiègle dans ses incertitudes. La vie nous offre quelquefois ce que nous ne savons pas saisir, parce que nous ne changeons pas non plus. Nous pleurons un jour sur notre canapé, devant la fenêtre du salon, notre regard accroché aux gouttelettes de pluie collées sur le carreau, comme si nous essayions d’en saisir la transparence pour mieux nous connaître nous-mêmes. Nous pleurons une déchirure amoureuse, nous pleurons l’être aimé que nous avons fait partir, par peur d’essayer sans doute, peur de s’ouvrir, de se laisser un peu aller. Nous nous demandons s’il ne vaut pas mieux ne rien comprendre de nos blessures ni de nos agissements pour ne jamais cesser de voir la lueur d’espoir qui brille sur le carreau, à côté des mêmes gouttes de pluie dont nous essayions de percer le secret quelques instants plus tôt. Tout ignorer et tout laisser dans l’ombre pour croire qu’on fera mieux la prochaine fois. Puis nous nous demandons s’il ne vaut pas mieux tout saisir de nos faiblesses pour tenter de remédier aux obstacles que nous dressons dans nos propres existences, au risque de s’apercevoir enfin que nous sommes prisonniers, incapables de changer ou d’essayer d’autres chemins inexplorés, terrifiés par l’inconnu, submergés par le risque, domptés par des angoisses que nous ne maîtrisons pas vraiment. La nature humaine est de vouloir donner un sens à ce qui lui échappe, mais quand nous remontons le fil de nos propres violences, de nos peurs renfermées, quand nous essayons de nous libérer de démons tout-puissants, nous souhaitons y trouver un autre bonheur qu’une pénible vérité. La vérité des émotions qui se font maîtres de tout, qui pompent notre énergie jusqu’à l’assécher, qui éclatent malgré tout pour faire des ravages que nous n’avons pas voulu. Nous ne maîtrisons rien alors, pas même nos sentiments qui nous font détester ce que nous aimons le plus. La haine occulte la peur d’abîmer, de détruire puis de se retrouver seul. Nos histoires d’amour se suivent et se ressemblent : sabotées. Chaque fois, nous pleurons sur notre canapé en regardant par la fenêtre pour essayer de ne pas se détester entièrement, et nous comprenons que ce n’est pas la vie la coupable de nos mésaventures, la vie ne change pas, la vie n’a jamais changé, nous ne changeons pas non plus, et c’est bien ce qui nous désespère. Seule la lueur sur le carreau change, cette lueur que nous avions toujours pris comme espoir d’un bonheur accessible, nous ne la voyons plus que comme ce qu’elle est vraiment : le reflet d’une lampe, le reflet d’une lampe, là, juste derrière nous. |
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