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    March 12

    Cf. billet du 2 décembre 2008

     

    Rappelez-vous l’homme cathédrale, celui de la station de métro Saint-Augustin ligne 9. Je l’ai croisé une fois encore aujourd’hui. Il faut croire que j’ai découvert, si ce n’est sa maison principale, sa résidence secondaire, puisqu’il était à nouveau là, assis sur ce même quai de cette même station. Le plus étrange, c’est que, sans le vouloir, nous avons échangé nos places. J’ai pris le siège qu’il occupait trois mois auparavant, et lui était assis sur celui qui avait alors été le mien. Je l’ai reconnu immédiatement, à peine surgie des escalators, il avait les mêmes chaussures de ville aux pieds, impeccables, et pourtant - chose qui m’avait échappée la première fois – dépareillées bien que du même modèle, l’une marron et l’autre tirant vers le brun. Il était enveloppé dans son long manteau vert kaki, un sac en boudoulière, le dos voûté, les jambes croisées, la tête enfouie dans le col relevé et sous un chapeau, de sorte qu’on ne voyait dépasser de son visage que ses lunettes. On devinait ses yeux fermés et le sommeil tout proche, peut-être là. Offert aux yeux de tous, il semblait à la fois vulnérable dans son absence et sa conscience altérée, et protégé, terriblement présent. Beau. A ses pieds, une bouteille d’eau, et aux miens, seulement deux minutes pour le regarder avant que le métro n’arrive. Son sommeil comme une invitation. Pourtant, courbé dans son anorak, sûrement cherchait-il à se faire tout petit et à s’extraire des curiosités. Rien de ce que j’ai pu voir ou peut-être même ressentir n’était banal chez cet homme, tout me poussait à l’apprendre et à le dévisager. A défaut d’avoir mon appareil photo – mais quand bien même, je n’aurais jamais osé – j’ai sorti mon carnet et j’ai esquissé son croquis, maladroitement. Mais, ce soir, mon croquis ne ressemble qu’à une coquille vide car cet homme-là est insaisissable. A-t-il délibérément choisi la station Saint-Augustin comme point d’attache ? Je suis tentée de le croire, ça collerait au personnage car je peux affirmer que cet homme a la foi au sens où l’entendait ce père de l’église : une croyance en quelque chose d’invisible. Et cette foi-là, je peux dire aussi qu’elle semble contagieuse, car à mon tour, je crois en cet homme, duquel pourtant je n’ai rien vu, je ne vois rien, et ne verrai probablement jamais.