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March 17 Anti-monde
L’anti-monde, en voilà une idée. Un antidote à l’anti-monde, l’anti-monde où rien ne claque rien ne crie rien ne tombe tout est plombé rien ne surplombe, pas la moindre éminence à escalader pour pouvoir se rouler par terre et le premier qui arrive en bas a gagné, et tant mieux pour les boutons plastiques made in china perdus en cours de route, on retrouvera notre chemin. Mais non, pas la moindre hauteur car toujours tout tout tout doucement, électro-encéphalogramme plat mort clinique disparition imminente, je ne peux pas me résoudre à tout débrancher, la guerre n’a même pas éclaté avec ces drapeaux blancs partout et la paix plate si plate on s’ennuie, et c’est pas faute d’avoir posé des mines, des mines partout, des gens armés en embuscade, l’as-tu senti l’hostilité ? Je voulais la riposte moi, les levées de cuillères dans les cantines et les boules de mie projectiles capitonnés. Les batailles ne sont pas toujours mortelles, et quand bien même elles rasent c’est pour mieux reconstruire, alors pourquoi ne vois-tu pas les couteaux de cuisine que je laisse traîner partout, pourquoi ne vois-tu pas que je les aiguise nuit et jour et que je les repose toujours la lame tournée vers moi, tu n’as qu’à tendre le bras pour attraper le manche. Saisiras-tu un jour qu’il te faudra planter, c’est comme ça que ça pousse, plante-moi. Mais tu ne vois rien n’est-ce pas, tu ne veux pas connaître, ni les couteaux ni les levées de cuillères dans les cantines, et les levées de boucliers sont à peine plus qu’un parapluie qu’on ouvre devant toi et que tu parviens à faire refermer aussitôt en disant de la voix la plus sûre du monde : mais enfin, il ne pleut pas. Il ne pleut pas non, il ne pleut plus, il n’a pas plu depuis trop longtemps et comment est-ce possible quand les nuages sont partout, mais enfin mais enfin comment peut-on ne pas lever la tête ? Demain je t’offrirai deux gants de boxe et je pousserai les canapés et tu penseras où sont les cordes je ne peux pas t’envoyer valser contre le mur, mais ce sont bien les murs qu’il nous faut ébranler, s’il n’y avait que les cordes, s’il n’y avait que les cordes alors nous passerions notre vie à chanter s’il n’y avait que les cordes, ou à gratter dessus ou à sauter avec et t’imagines un peu la légèreté, non, ce sont les murs porteurs qu’il nous faut déporter, les murs porteurs qui portent quoi d’ailleurs hein, les nuages ? Et si je m’allongeais par terre les yeux grands ouverts vers le ciel et que tu te penchais sur moi, les verrais-tu les nuages qui se reflètent dans mes yeux et que portent les murs et que dénoncent les parapluies ? Parce que n’est-ce pas, l’antidote à notre anti-monde, c’est un anticyclone.
March 12 Anal-yse de comptoir
Merde ! Fais chier ! Espèce de trou du cul ! Va te faire enculer ! Un peu d’attention portée aux insultes de la langue française met en exergue la tendance du peuple français à focaliser volontiers sur la région rectale. Surprenant, non ? Pourquoi ne pas s’en remettre à la psychanalyse (les études en psycho, ça laisse des traces…) pour essayer d’y débusquer une explication ? Allons-y : cette focalisation « rectale » dont semblent victimes les français pourrait bien être caractéristique d’une régression au stade anal – l’un des six stades d’évolution affective de l’enfant. Dans ce contexte, l’expulsion des invectives verbales susnommées par l’adulte semble être une expression de l’agressivité au même titre que l’expulsion des matières fécales par l’enfant est une expression de tendances destructrices. Par ailleurs, au stade anal, l’enfant apprend le contrôle sphinctérien et peut choisir de donner (expulser) ou de conserver (retenir) ses selles. L’adulte quant à lui a appris depuis bien longtemps le contrôle et la régulation du langage et peut choisir de la même façon d’insulter, de communiquer « raisonnablement » ou encore de se taire. Ces deux types de maîtrises permettent à l’enfant comme à l’adulte d’exercer un pouvoir sur leur environnement (social, affectif, matériel, etc.). Le mode d’expression agressif d’un individu correspondrait donc en quelques sortes à la mise en place d’un contrôle sur ce qui l’entoure, et à ce sujet, il m’est avis que plus le mode d’expression est agressif, plus il traduit une volonté et une nécessité d’exercer un contrôle. Sur quelles choses avons-nous le plus besoin d’exercer un contrôle ? Sur celles qui nous échappent. L’environnement qui nous entoure nous échapperait-il donc à ce point ? Quoiqu’il en soit, en y regardant de plus près, ce mode d’expression ancré dans l’analité ne semble finalement pas être le privilège des français. Les anglophones donnent aussi allègrement du Shit ! Asshole ! Fuck you ! Ce mode d’expression serait-il donc l’apanage des cultures occidentales dites développées ? Faudrait-il alors voir un lien entre ces dernières et l’agressivité verbale qui s’y exprime (et le besoin de contrôle sous-jacent) ? La question est ouverte.
March 06 Gestalt&moi
En bruit de fond, j’entends qu’on parle de six sonnets, et je pense si ce n’est. Si ce n’est que. Si ce n’est que la simplicité n’est pas toujours l’évidence même, l’automatisme réflexe, la régularité mécanique et certaine d’un métronome. La vie n’est pas un laboratoire, ni blouses blanches ni instruments de mesure, et les variables parasites hors de contrôle font des interférences, et dès lors, la simplicité ne peut pas s’expliciter par quelques corrélations significatives dans un tableau. Mettez-vous bien ça dans le crâne : tout est biaisé. Cessez donc cette accumulation de preuves on ne peut moins scientifiques qui fait gonfler votre total et rappelez-vous la théorie de la forme : le tout n’est pas égal à la somme des parties. La vie n’est pas mathématique et plus par plus ne fait pas plus et c’est bien là que la simplicité se fait la malle. Le monde d’aujourd’hui nous prouve par bien des façons que plus par plus a tendance à faire moins. Autrement dit, plus la somme des parties est élevée et plus le tout est bien souvent insignifiant. Qu’à cela ne tienne, débarrassons-nous des accumulations inutiles pour enrayer le processus de négation, pour éviter la chute libre qui bien sûr ne l’est pas – mais pas de parachutes dorés, n’allez pas croire. La science du paraître qu’on nous a savamment instillée imposée prescrite a fait de l’accumulation une doctrine camisole, on entasse on amasse on amoncelle on se prolonge on se rallonge on se déploie et ça nous fait de l’ombre. Pourriez-vous rallumer la lumière, je crois que nous nous sommes perdus.
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