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    March 07

    Lui, Elle et Epilogue

    Ayant eu vent de quelques impatiences mais toujours pas motivée ni dispo pour écrire régulièrement sur ce blog, je suis allée puiser dans d'anciens scribouillages, en espérant que ça satisfasse les plus assidus ;-)

     

    LUI

    Ce soir, il se sent lourd et triste. Il rêve qu’elle revienne, qu’elle le reprenne par la main. Il rêve qu’elle lui sourie, que son regard l’appelle, des ruines d’amour simplement belles. Et puis il redescend, parce qu’il y a du béton que l’on est en train de couler dans son ventre. Pas seulement parce qu’il est sans nouvelle ni même parce qu’elle continue sa vie sans jamais lui dire où. Pas seulement parce qu’il ne comprend pas qu’elle ait pu le laisser partir comme si de rien n’était. Pas seulement parce qu’elle avait été ailleurs trop souvent, si loin sur sa planète qui lui était inaccessible à lui, cette façon qu’elle avait de vivre les émotions, de vivre son amour, qui était si peu la sienne et qui n’avait trouvé aucun écho en lui, aucun recoin familier. Et lui aussi, lui qui avait été ailleurs trop souvent, si loin sur sa planète qui lui était inaccessible à elle, cette façon qu’il avait de vivre les émotions, de vivre son amour, qui était si peu la sienne et qui n’avait trouvé aucun écho en elle, aucun recoin familier. N’en avait résulté que la peur, la peur des deux côtés. Pas seulement pour tout ça, cette chose qui durcit dans son ventre. Non, ce qu’il y a, ce qu’il trouve terrible, c’est que quelque chose est parti. Il ne sait pas vraiment quoi, mais il imagine son visage, ce visage qu’il n’a plus vu depuis quelques semaines seulement, et il ne sait plus le reconnaître comme avant. Quelque chose est parti, peut-être la confiance, peut-être une illusion. Il ne lui reste ainsi qu’une sensation diffuse : avoir aimé quelqu’un, puis avoir brutalement découvert quelqu’un d’autre. L’amour qu’il avait cru si puissant n’était en réalité rien d’autre qu’un château de cartes en plein vent.

     

    ELLE

    Elle, elle s’était contentée du vin qui enivre, mais pas de la lie qui tombe au plus bas. Il n’y aurait eu qu’à secouer pourtant : les secousses de la passion sont capables de mélanger le plus improbable, mais tous deux n’ont jamais réussi ce breuvage. Peut-être n’était-elle que l’eau, transparente et légère, peut-être n’était-il que l’huile, grasse et indigeste, et l’eau et l’huile ne se mélangent pas, c’est bien connu, pourquoi avait t-elle voulu essayer ? Elle aurait du le laisser dans sa bouteille, bien tranquille, au lieu de vouloir à tous prix dévisser le bouchon. Car maintenant qu’elle l’a renversée cette bouteille, il s’est éparpillé partout, il y a des éclaboussures si loin et si minuscules qu’il ne pourra jamais rattraper toutes les gouttes. D’ailleurs, les gouttes sont parties avec elle et il se sent pillé. Il pense même qu’elle ne ressent pas ces choses-là, elle, ou seulement en surface : ces choses, elle peut les prendre dans ses mains et les déposer à côté comme elle le ferait avec une bague avant de laver la vaisselle. Mais lui, il ne sait pas faire ça : ses souffrances sont des tsunamis qu’il ne peut ni arrêter ni vaincre, il les voit bien qui le dévastent. A côté, ses souffrances à elle sont de la pluie d’été, et puis elle a son anorak, elle ne l’a jamais enlevé.

     

    EPILOGUE

    Et maintenant, après avoir passé des mois à vivre l’un sur l’autre, à partager des heures et puis des jours entiers à s’aimer de tout près, c’est fini. Il a coupé les ponts, il s’est senti trahi. Point de place au pardon. Il n’a plus rien d’elle, juste une ombre à son nom. Elle vit et elle respire à quelques kilomètres avec ses mots d’avant, ses gestes et ses baskets. Personne mieux que lui ne sait lire dans sa tête, elle lui a dit une fois, peut-être a t-elle menti, pourtant elle n’est plus rien, plus rien ne les relie. Il a déserté sa vie et elle a fui la sienne, il n’est qu’un souvenir et elle une trace floue, comme une fumée noire où perce malgré tout la lueur d’un espoir : un espoir sans désir ni rien qui les rapproche, si ce n’est l’étrangeté de leurs absences en chœur.