February 10
N’oublie pas qui tu es, n’oublie pas ces instants où tu as regardé la mer et où tu y as vu l’étendue d’un amour pour la vie qui te porte et que tu portes aussi, une gratitude infinie qui ressemble au bonheur et qui t’as envahie. Pour peu tu te serais crue terre que la marée recouvre, effacée de ces traces que des poids ont laissé. N’oublie pas comme tu t’es sentie légère, rien qu’en fermant les yeux tu as deviné tes iris s’azurer du reflet lisse du ciel sur les flots ondulant. N’oublie pas que les bateaux en mer ne sont pas les seuls à pouvoir jeter l’ancre, n’ayant plus rien à faire alors qu’à se laisser bercer. Rappelle-toi tes paupières closes et la musique des vagues et le bruit de tes pensées qui s’en est allé peu à peu, puis tes pensées tout court, disparues, endormies, bâillonnées, peu importe, tu t’es assise alors sur le sable mouillé là où les vagues font semblant de mourir, il te fallait de l’eau pour comme un animal t’échouer en silence. Tu as laissé le temps t’épargner un moment pour devenir ces choses qu’on ne regarde plus vraiment dans le béton des villes, un arbre une fleur une herbe, des vies si négligées alors qu’à les copier on redécouvre enfin la vulnérabilité paisible d’une existence qu’il faut mener, qu’il faut mener c’est tout, respirer, se gorger de lumière, grandir, qu’il faut mener c’est tout. Tu t’es sentie si bien racine au creux des eaux et tige au gré du vent, les pétales ou les feuilles imprégnées de soleil, sûre d’une vie qu’il te fallait mener c’est tout, sans plus toutes ces questions qui te bouffent à plein temps, rappelle toi l’océan, rappelle toi l’océan. Il est toujours possible de t’amarrer dedans, tu l’as au fond de toi. Si tu veux qu’il fulmine, se déchaîne et s’emballe pour empêcher quiconque de s’éloigner des côtes, n’oublie pas qu’il te sera plus dur d’y arrimer le répit pour te délasser en bourgeon à l’idée d’une vie qu’il faut mener c’est tout, sans plus toutes ces questions qui te bouffent à plein temps, rappelle toi l’océan, rappelle toi l’océan.