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    December 30

    1+1=0

     

    Les uns-tact, les uns gèrent, les uns-cube

    Les uns citent, les uns posent

    Les uns ferrent, les uns serrent

    Les uns partis, les deux viennent, les deux-vent

    Les uns-pacte, les uns-firme, les uns vendus

    Les uns-carne, les uns-briquet

    Les uns jurent, les deux meurent

    Les deux hors

    Les uns priment

    Les uns bus

    Les uns dignes, les uns portés,

    Les uns sinuent

    Lestés des autres-foi

    (l’autre ment).

     

    December 12

    Inspirée par Gherasim Luca

     

    Tes ras, tes tics, tes rapts, thérapeutique, un peu un petit don pour l’achat leurre, pour la chaleur loupée chaloupée, la paix des pensées qui dépensent et repassent les pleurs, qui dépècent et repensent les peurs, les peaux, l’hypothétique heurt des sent pas pieds, des cent pas pillés sur les lies sang sciées qui s’enlisent de pièces en lits, de liesse en pis, la descente osant faire l’erratique, l’air à, l’air à tics, l’air à tiquer sur des airs rances, errances, la déshérence révérencée des rêves d’aisance à vert, avérés d’être, détraqués, des tracs et des racines rats, ratés, des traces si nées calcinées, l’inné rance de la terre à pis, à prix, apprivoisée, tractée par l’épi sur la tête, par l’épithète sûr, le dé, le dépit ôta, le dépiautage têtu qui se tait tue, hip hip hip tenus, ténus, l’hypothénuse-dépôt use l’épée et les piments, les pépiements pipés des ans, des angles, droits, des endroits où, posés, les opposés n’osent que sangle, s’engluer aussi, oscille, au silence des os laids désopilants, il part, il paraît qu’épeler épile les peaux les pôles les politesses par-ci par-là, parcimonie parlante où les mots nient et l’élan part à l’air je, allergène à parer en s’emparant de scies à tics, à maux, à bile, mobile habile abominable sur lequel on s’assoit soi soi pour sot, pour scie, pour sonner le glas, pour saucissonner le glaçon art, le glaçon armé qui ne fond pas, je, jeu lent, gelant l’aile, les larmes au coin des si, les larmes au coin des scies,  les larmes au coin des scies quatre, les larmes au coin des cicatrices.

     

    December 02

    Touchée-Coulée

     

    En Turquie, dans un dolmuş – ces petites camionnettes qui font office de minibus pour aller d’un village à l’autre – une vieille femme s’est assise sur le siège à côté de moi. Pendant tout le trajet, je l’ai regardée à la dérobée, il fallait que je l’apprenne par cœur, c’était une nécessité qui, loin de se faufiler par les chemins habituels de la raison, s’est imposée à moi aussi sûrement qu’un réveil-matin. Petite, elle portait une jupe beige à fleurs blanches et un large t-shirt bleu à fleurs roses. Sous sa jupe trois quart, un pantalon bleu marine aux petits motifs couleur or. Sur sa tête, un fichu blanc cousu de perles rouges. Une vieille femme comme un bouquet de feu d’artifice. A ses pieds enfin, des mocassins noirs, avec, à côté, un sac à main de la même couleur. A peine s’est-elle installée à mes côtés, cette envie de lui prendre la main. De la serrer dans mes bras peut-être même. Des larmes sur mes joues, ni de tristesse, ni de joie, des larmes de rien, seulement de sel quand l’eau s’évapore au soleil. Des larmes qui nous font détourner la tête vers la mer loin derrière la vitre pour retrouver l’aridité de l’été méditerranéen. Des larmes qui s’en viennent sans comprendre et d’ailleurs on s’en fiche, ça serre le cœur c’est tout, ça transperce une carapace qu’on découvre à l’instant même où la perforation a lieu, la douceur des traits de la vieille femme comme une aiguille qui pique sans jamais faire de mal. Ca goutte seulement. De travers je l’ai regardée, à ce point-là c’est de l’espionnage, d’ailleurs je l’ai prise en photo, appareil à bout de bras sur mes genoux, cadrage au hasard pour ne pas être repérée. Il s’agissait juste de capter sa grâce. Où va le monde, ai-je pensé, j’aurais voulu la suivre et ne plus la quitter, ne plus remettre un pied dans nos villes inhumaines. Elle ne m’a pas jeté un œil, pas regardée une seule fois de tout le trajet, une si belle ignorance, l’indifférence-bonté et comment est-ce possible, et si j’avais osé j’aurais dit merhaba. Elle avait un petit cheveu sur sa joue, ses longs cheveux brun-gris dépassaient d’ailleurs de son fichu, c’était une femme sans âge je me suis dit, et sans affiliation, sur son visage d’ailleurs, le glabre des noblesses et les rides d’une vie au soleil ou du travail aux champs ou les deux à la fois. Ses deux mains fatiguées agrippées au siège de devant pour amoindrir les virages de la route, elle s’est assoupie et sa tête a basculé vers moi et qu’est-ce qui nous empêche d’offrir nos genoux, les enfants le feraient, eux. J’ai essayé de lui sourire, sans que jamais elle ne me voie. Pourtant, sa main s'est désormais posée sur le fauteuil à côté de ma cuisse. Tout à coup, le dolmuş s’est arrêté au milieu de la route et le conducteur est descendu, aidé de quelques hommes, pour changer un pneu qui venait de crever. Alors, elle a cherché quelque chose dans son sac et l’observant encore, j’ai aperçu la contrefaçon Calvin Klein, et je lui ai lancé sans un bruit, sans un mouvement de lèvres, jusqu’où va l’utopie de la modernité. Et puis elle a enlevé ses mocassins, et, en me penchant un peu, l’air de rien, l’air de celle qui s’étire le dos, j’ai lu sur sa semelle Mona Paris et quelque chose m’a échappé, filant au loin sans que je le rattrape. A Paris, quelques mois plus tard, sur le quai Saint-Augustin du métro ligne 9, un homme s’est assis à côté de moi. Comme avec la vieille femme du dolmuş, mon attention s’est trouvée détournée sans compromis, entièrement dirigée vers lui, les yeux en coin à s’en faire mal au crâne ; on m’a appris, je crois, l’impolitesse de l’examen frontal, premier jalon des fuites, qui sait. Il était maigre, si maigre caché dans son pantalon costume et dans son blouson premier prix. Chaussures de ville, la classe, et béret sur la tête, pourtant, pas un radis c’est sûr, et des larmes ont encore coulé. Il a sorti de sa poche un paquet de biscuits style petit beurre, c’était l’heure du repas je crois bien, et, recroquevillé, le visage à moitié caché dans son anorak, il les a mangés avec une telle délicatesse précipitée qu’on en sentait clairement la faim, la fin peut-être aussi, alors l’envie certaine de lui donner un peu, des paroles, de l’argent, mon écharpe ou mon livre, juste de lui donner, mais il ne demandait rien, seul dans son manteau, bien calé dans son siège, ignorant ma surveillance agitée et ma présence ébranlée qui l’aurait fait rire jaune, entre lui et lui-même et ses biscuits aussi, il ne demandait rien et je n’ai pas osé. Le métro est arrivé et j’ai grimpé dedans, le laissant seul à quai, la tête basse, le regard fuyant comme si le monde, il ne pouvait plus le regarder en face, mais qui des deux esquive le plus je me suis demandée.

     

    Il y a des gens qui frappent sans un coup d’œil et qui s’en contrefichent et qui ne le croiraient pas, ceux-là même dont la grâce invisible peut me faire perdre pied. L’envie qu’ils me reçoivent, entrer alors en eux comme dans une cathédrale, y allumer un cierge et puis m’agenouiller.