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December 31 Conte de faits
Lisez, prenez, pillez, rien de cela n’est à moi, je n’y arrivais pas je n’y arrivais pas je n’y arrivais pas et puis une porte s’ouvre ou peut-être une année il faut y entrer seule et au diable les armes, je trouverais bien un châle pour m’habiller un peu.
J’ai envie de te voir, je fais tout pour te fuir Tu me parles d’amour, c’est trop peu de le dire Il faudrait que tu viennes, que tu laisses tes filles Sur les ânes de Triel où tu les vois sourire Je voudrais que tu grimpes dans un train de banlieue Puis que tu montes encore dans une rame de queue Du métro ligne neuf pour frapper à ma porte Que je n’ouvrirais pas, fierté triste et idiote Protégeant l’apparence d’un détachement foncier Auquel je t’ai fait croire pendant toutes ces années Gardant les cartes en mains de notre relation Basée sur ton amour et sur mes désertions Nous n’étions pas un couple, nous étions autre chose Qui ne m’empêchait pas de voir la vie en rose Avec d’autres garçons vers d’autres horizons Des princes charmants d’enfance, c’était la seule raison Je les ai tous quittés, puis je te retrouvais, Recommençaient alors restos cocktails virées Et puis je ne sais pas quand, toutes les cartes ont glissé Mes mains ont été vides, je ne pouvais plus jouer, Tu m’as manqué souvent, et je t’en ai haï Je tombais amoureuse et je ne l’ai pas dit Ni à toi ni aux autres, même à moi je l’ai tu Ca n’était pas possible car beaucoup trop confus Je ne peux pas t’embrasser ni te prendre dans mes bras Comme tout ce que je fais quand un homme est à moi Comme tout ce que je fais quand j’aime, j’adore, j’octroie Je ne peux pas t’embrasser ne me demande pas pourquoi Mais enfin je m’avoue que des sentiments naissent Et grandissent pour toi, et comme un chien en laisse Je les tire les retiens, j’aimerais qu’ils disparaissent Parce que je ne maîtrise rien, parce que peut-être aussi Tu n’es pas comme un prince au début de sa vie Des enfants tu en as, que de temps impartis Moi je suis une femme, mais c’est une imposture Les contes que l’on m’a dit avec désinvolture Ils n’ont jamais cessé de semer leurs mensonges Et sont là maintenant qui m’habitent et me rongent Ils ne t’acceptent pas en souverain du royaume Daignent te laisser traîner sous forme de fantôme Mais sont bien embêtés maintenant que tu me hantes Et que je ne sais plus jouer la grande indifférente Et qu’il n’y a ni sorcière ni fées enchanteresses Pour me désenvoûter ou te faire la promesse De passer d’un crapaud à l’homme de mes rêves Car la vie ne change rien, et connaît peu de trêves Car la vie n’est pas conte aux baguettes magiques Réalité banale plus que monde fantastique A défaut de légende il nous reste le choix De balayer d’un geste les Disney d’autrefois De brûler le carrosse et garder la citrouille De bannir gentilshommes et de plaire aux fripouilles Arriverais-je à vomir ces histoires racontées La lumière allumée sous des couettes bordées A quatre ans, à six ans, lorsque l’on a besoin De mensonges pour grandir et tracer un chemin Arriverais-je à gommer les dessins colorés Des livres féeriques que j’avais adorés Pour regarder la vie brute et sans ornements Et souvent moins jolie que mes rêves d’enfant Se peut-il que je t’aime sans penser à tout ça Que je te prenne entier, même ce qui ne me plaît pas J’ai peur de me tromper, et de n’aimer en toi Que le père que tu es et celui que je n’ai pas Comme si je choisissais de ne jamais grandir De rester sous ton aile et de ne jamais partir Il est clair que j’y trouve un endroit où poser Mes craintes d’abandon et mes blessures lassées De se rouvrir sans cesse à chaque amour nouveau Qui ne se construit jamais parce que je romps trop tôt Mais est-ce là une raison pour m’agripper à toi Et me priver ainsi peut-être je ne sais pas De la vie, de la vraie, de ce à quoi j’ai droit D’un homme que j’aurais, à force de combat Réussi à garder sans doutes et sans reproches Et sans créer sans cesse de vains rapports de force Il y a là la preuve d’une chose pas très nette Je dis aimer un homme, mais un autre je souhaite Comment faire pour savoir si je ne fais pas fausse route Je ne puis qu’aller lentement, ralentie par le doute Mais je n’ai plus vingt ans, temps d’insouciance bénie Aux si rares pressions à réussir sa vie Une ombre désormais plane et je compte les heures J’ai grillé trop de chances et commis trop d’erreurs Pour autant je ne peux ni me résignerai A m’unir sans amour à quelqu’un qui m’aimerait Tricher ou simuler par peur du temps qui passe S’emprisonner à deux dans une sombre impasse Se faire croire à soi-même au bonheur de son couple Je l’accepte chez les autres, il faut bien être souple Mais le bannit pour moi car je suis trop entière Trop honnête avec moi, trop authentique et fière Pour rentrer dans la case, à n’importe quel prix Des femmes épanouies ayant enfant, mari Alors je m’interroge : mes sentiments pour toi Ne sont-ils pas enfin ce que Balzac une fois Ecrivit de sa plume à la tombée du jour ? « Je t’aime comme un enfant, je n’aime que ton amour ».
Huez, hurlez, brûlez, je ne veux plus de tout ça, j’y arriverai j’y arriverai j’y arriverai, je passerai le seuil, qu’on ne s’avise pas de me retenir, et quand je me retournerai, ce sera pour fermer à clé. Que la poignée s’agite ou que le bois grince, que des grattements bruissent ou que des coups résonnent, je serai déjà loin. |
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