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    December 25

    Inspirée par Chloé Delaume et par le Chocolat (aucun lien)

     

    En cette période de fêtes, Jésus santons crèche et paillettes, mon faux sapin roi des parquets, je voudrais honorer ma plus grande des passions faisant danser en chœur papilles à l’unisson, j’ai nommé le chocolat. Quoique gracieux mais fort en bouche lorsqu’il est noir disons pure souche, je le préfère plus démago avec du lait dans le cacao. Sucré crémeux non plus amer. Je me transforme en vraie sadique, en méchante en sorcière, en malveillante vipère, je fais csss csss comme le serpent qui fixe sa proie yeux grands ouverts car tout à coup mon bras s’étend et la tablette une moitié perd. Les carrés fondent sur ma langue Pinocchio bis dans la baleine, mais il faut bien noter pour ne pas vexer mon palais que celui-ci est sans fausseté plus gastronome qu’un cétacé. Ainsi fond fond fond chaque morceau de la tablette, ainsi font font font trente carrés le ventre rond. Certes, c’est un régime TTC (Très Très Calorique) qui ne figure pas dans le guide du CAC40 (Comment Amaigrir son Corps de 40 kilos), mais qui ne s’est jamais laissé tenter par des JPEG (Junkfood Pourvue En Glucides) pour des GPS (Grands Plaisirs Solitaires) ? Alors je continue la cacaotisation de mon gosier pour qu’une fois digéré l’aliment marron glacé puisse venir chatouiller par un mécanisme compliqué mes neurotransmetteurs affamés. Ö chocolat, laquelle de tes substances procure par loi chimique outre le plaisir de panse cette volupté psychique ? Tryptophane en sérotonine et magnésium copain d’enzymes, peut-être es-tu recette magique pour maux de l’âme métaphysiques, caféine et tyramine, si proche de l’amphétamine stimule stimule ma dopamine toi la tablette ma grande copine, sans toi ma vie serait bien vide, aride. Je te mange même à toutes les sauces, peu difficile et pas jalouse, moi j’en ai fait mon sacerdoce de t’apprécier mariée bagouze avec noisette ou noix de pécan nougat amande ou même tout blanc. Qu’ils te produisent dans les usines même à la chaîne j’avoue j’opine, marmottes alpines éléphant d’or, quoiqu’ils peaufinent j’en veux encore.

     

    December 16

    De week-ends en semaines

     
    Il travaillait beaucoup, ne laissant pas le temps aux bourgeons de l’amour  de voir le printemps. Quand venait le samedi il se réveillait triste, pas un regard sur lui d’émeraude ou d’améthyste ne donnait un sens au vide du week-end où pas une heure n’avance ; il se dit ‘I can’t stand’. Les courses et le ménage, Internet et promenades, rien que le remplissage d’un avenir en rade dont la conscience s’étiole quand viennent les lundis : le travail rafistole le puzzle de l’ennui. L’entreprise a cela d’utile et d’envoûtant qu’elle marie malgré soi amnésie et pansement ; s’il s’était senti seul, de sa vie responsable, s’il s’était trouvé veule, oiseux et vulnérable, assis à son bureau au milieu des collègues il sourit à nouveau, et très vite il délègue toute sa frivolité à ses hautes compétences d’homme surdiplômé, retrouvant une constance, reprenant dignité : en s’offrant tout entier à la loi du marché  il se croit exister. Mais reviennent les samedis et leurs matins obtus, plus rien ne l’asservit si ce n’est l’espoir tu d’un morceau de bonheur à partager à deux, de pétales de fleurs pour dire aimer ‘un peu’, ‘beaucoup, à la folie’, il garde au fond de lui la certitude enfouie que rien ne vaut la vie sans en croiser une autre.
     
     
    December 14

    Quelques mots d'un soir

    Les côtes de son pull sont la houle des vagues, et j’en fixe les creux comme s’ils pouvaient offrir un abri de fortune où fuir les quelques algues qui collent à ses mots pour mieux me faire frémir.

    December 11

    Petite mort

    Aujourd’hui, j’ai essayé de me souvenir : quand est-ce que mon père est mort ? D’habitude, on se souvient, la mort est quelque chose de brutal, il y a quelqu’un, et tout à coup il n’y a plus personne. Avant, il y a un cœur qui bat, des yeux qui vous regardent et une bouche qui vous parle ; après, il y a un corps immobile et un visage comme une photo.

    Soudain et brutal. Pourtant je ne me rappelle pas. Quand est-ce que mon père est mort ? Il y a au moins un an, c’est sûr. Peut-être deux… comment savoir ? Il n’y a ni certificat de décès, ni tombe où se recueillir. Parce qu’à part au fond de moi, mon père n’a jamais passé l’arme à gauche. Il est là, bien vivant, quelque part dans la capitale, si près, à quelques rues, quelques arrondissements, on pourrait presque se croiser. Pourtant je l’ai tué. A moins qu’il ne se soit tué lui-même ?

    Avant, je voyais peu mon père. Maintenant, je ne le vois plus. Avant, j’étais mal à l’aise avec lui. Maintenant, je ne ressens plus rien. Avant, nous ressemblions à des étrangers. Maintenant, nous sommes des étrangers.

    Quelquefois, je me demande : « depuis combien de temps je n’ai pas vu mon père » ? Mais cela fait trop de mois pour que je trouve la réponse exacte. Je devine alors l’ancienne culpabilité en moi qui a envie de refaire surface, mais elle est bien trop affaiblie maintenant pour y arriver. La seule chose que je pense, c’est : « c’est comme ça ». Je ne ressens aucun manque, et je pense « c’est comme ça ». Je ne ressens aucune envie particulière de le voir, et je pense « c’est comme ça ». Parfois je me demande « tiens, ça fait comment d’avoir un père duquel on se sent proche ? », et pour le coup je pense : « ça fait pas comme ça ! ». Mais ça ne me fait plus ni chaud ni froid.

    Souvent je me suis dit « quand mon père mourra, je serai malheureuse », coupable de ne pas avoir essayé de recoller les morceaux du divorce et les rencontres occasionnelles qui en ont découlé, nous séparant peu à peu. Alors un jour, j’ai pris le taureau par les cornes pour affronter la situation plutôt que la subir, en espérant bien sûr créer un pont entre nous deux. Ne faut-il pas tout essayer avant de se résigner ? Maintenant, je suis bien résignée, certes.  Mais je ne suis plus coupable.

    J’ai envoyé des lettres à mon père, je lui ai raconté ma vie, mes haines et mes passions, mes poèmes et chansons, tentant de remonter le temps, de remonter le fil brisé pour trouver la cassure et faire un double nœud. Au 21ème siècle, les étrangers savent depuis longtemps s’apprivoiser.

    Mon père a dit un jour qu’il répondrait à tout cela, mais il ne l’a jamais fait autrement que par des petits courriers par ci, par là : « ça me fait plaisir ». Alors soit. Si mon père a envie de rester un étranger, qu’il le reste, mais tout seul. Moi, je l’ai tué. Après tant d’années à refouler tant bien que mal la médiocrité de notre relation, j’ai accepté brusquement son coup de grâce.  Ce qui avait été si dur était tout à coup si facile. En ne me répondant pas, mon père s’est constitué prisonnier, il a revêtu un costume de victime avant même que je sache que j’allais le faire mourir.

    J’ai écrit une fois l’adresse de mon blog à mon père. Jamais il ne m’a dit s’il était allé voir. Au fond de moi, je connais la réponse. Ainsi, papa, tu n’apprendras jamais que tu es mort. J’ai trop attendu de toi et je n’attends plus rien. Tu me téléphones, je te réponds. Tu m’écris, je lis tes poèmes, tes articles ou je ne sais quoi d’autre. Tu me parles, je t'écoute. Je le fais parce que tu es mon père. Mais s’il n’y avait pas ce lien du sang entre nous, je t’aurais déjà oublié, en gardant juste le meilleur. Parce que je sais que toi et moi, malgré des choses pas toujours drôles, on a parfois bien rigolé.

    December 06

    Rail et fines herbes

    J’errais le long des rails un jour de forte pluie

    Je ne voyais pas au loin, juste un rideau de gouttes

    J’avançais pas à pas comme on trace une vie

    Un peu perdue parfois, traversée par le doute

    L’acier trempé de flotte manquait me faire glisser

    Tout en montrant la voie par son reflet d’argent

    Comme quoi les obstacles gênant nos avancées

    Nous dirigent l’air de rien malgré le mauvais temps.