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    November 29

    Rond. Point.

     

    Tu allais au devant, marchant, courant, mais au devant de quoi. Comme prendre un stylo et ouvrir un cahier, les pages blanches à combler mais tu vas écrire quoi. Ils attendent. La mode n’est pas à la vacuité. Remplis ton frigo remplis ton disque dur remplis ton CV remplis ton compte en banque remplis ton agenda remplis ton verre remplis ton appareil photo remplis ton iPod remplis ton emploi du temps remplis ton ventre et tes oreilles remplis ta liste et ton caddie remplis ta fonction remplis les cases remplis les objectifs. Remplis mais ne rompt point et les ronds-points  aussi sont à la mode, la vie chaque jour est un rond-point et tu tournes et tu tournes et les gens tournent tournent avec toi, toujours plus vite trop vite et tu ne peux pas sortir, tu ne vois pas les chemins qui partent rectilignes-et-plaisir, non, toi c’est circulaire de rien tu te perds au même endroit, point, toujours au même endroit puisque tu tournes et n’en sors pas, tu connais la ronde par cœur remplis ton cœur et tu crois que tu n’es pas perdu que rien ne peut te perdre à force de tourner en rond et pourtant tout t’échappe. Tout urge à gloutonner les moutons de panurge n’y laisser que carcasses l’os sature et désemplis, sage, l’espace et les gens – les premiers finiront les derniers – et tu y verras clair pour prendre la tangente. Tu iras au devant et au devant de tout et dans ton cahier vierge les feuilles te manqueront, point, mais dans un autre sens.

     

    November 23

    Le fil du temps

     

    Je me tais un peu mais je suis là tout près, je pense fort fort fort à écrire il faut que j’écrive je dois écrire mais n’écris rien ou presque, quelquefois un journal pour poser mon désordre  et cela n’éclaire rien et je ne veux pas vous laisser dans l’ombre, mieux vaut parfois le blanc d’une page où laisser des non-dits et c’est bien sot, comment peut-on laisser quelque chose qui n’a jamais pris forme, vous voyez le désordre celui dont je vous parle et pourtant que je tais, désordre encore, que je passe sous silence et pourtant vous lisez je disais vous pigiez, j’ai compris l’imparfait indicatif local temps passé sur le fil funambules ballottés font toujours un faux-pas et la chaîne est brisée, et les mouvements suspendus s’allègent encore du plomb qui saute et tombe, l’enchaînement est rompu et l’enchantement aussi, le présent impeccable est passé imparfait puisqu’il contient en lui l’inachevé des faits et l’approximatif, d’ailleurs est-on bien sûr de tout se souvenir imparfait importun quand on voudrait le rappel automatique la place juste des choses mais non c’est le désordre, des ordonnées sans fin et des abscisses absconses et puis quoi au milieu on ne sait plus très bien, faut-il tirer un trait ou épouser les courbes mais qu’on cherche une règle ou le creux d’un matin on s’approche de secrets qu’on écrit seulement pour soi sans y mettre de formes en toute indiscipline et alors le désordre apparaît moins confus, paradoxe, désolée si je vous perds, si je vous ai perdus, si je suis éperdue et que je garde tout pour moi c’est que je suis heureuse, si désordrément bien que je fuis l’appel de l’immobilisme des mots en dehors de ceux qui me viennent et s’écrivent tout seuls mais que je cache au loin

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