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    November 23

    Un club pas comme les autres (Part two & Fin)

    Une fois le seuil franchi, les toilettes se trouvaient bel et bien à notre gauche, et en les dépassant, j’ai pu observer la jeune femme aux talons aiguilles et aux jambes interminables qui saisissait un flacon de parfum posé à l’attention des clients sur un petit meuble d’angle. Un peu plus loin, une porte s’est ouverte sur une femme nue qui, d’une manière tout à fait naturelle et sans pudeur aucune, s’est engagée dans la deuxième partie du couloir que nous n’avions pas encore visitée. On était près du but, cela ne faisait plus aucun doute. Suivant la paire de fesses qui nous était apparue quelques minutes plus tôt dans la lumière ultra tamisée du couloir, nous avons entrepris notre exploration, curieux et observateurs de tout ce qui pouvait bien nous passer sous les yeux. D’abord, une petite chambre aux murs et au plafond entièrement recouverts de miroirs, visiblement à usage privé puisque la porte se verrouillait de l’intérieur, empêchant ainsi tout regard caressant.  Puis, quelques petits coins câlins, sortes d’alvéoles dans les murs avec tout juste la place pour recueillir un lit, et arborant sur la paroi du couloir des hublots permettant aux passants de se rincer l’œil gratos. Ce qu’évidemment, nous n’avons pas manqué de faire, avec toutefois cette sensation étrange de transgression d’un interdit couplée à la certitude que nos regards échauffaient plus que ne gênaient les couples en action : si ces derniers n’avaient pas voulu se montrer, ils seraient restés tranquillement baiser chez eux. Paradoxe que je n’ai pourtant pas réussi à évacuer de mes impressions pendant toute la durée de notre excursion dans ce monde charnel.

    Un peu plus en retrait se trouvait une autre chambre, plus obscure encore et avec autant de personnes agglutinées que d’étoiles phosphorescentes au plafond. Et enfin, au bout du couloir s’étendait une pièce beaucoup plus vaste, aux multiples lits collés les uns aux autres comme s’il se fut agi d’un seul et même matelas de quatre mètres de large. Evidemment, nous étions loin d’être les seuls à déambuler tranquillement dans les lieux, jaugeant et s’imprégnant de l’ambiance. L’impression était là encore des plus étranges, la musique qui arrivait en sourdine et la lumière très tamisée conférant à tous les corps nus mélangés une aura quasi religieuse, contradiction nébuleuse. Peut-être associe t-on trop souvent les pratiques sexuelles marginales à une vulgarité orgiaque qui n’a pas toujours lieu d’être, la preuve se trouvant sous nos yeux. Le silence des ébats étrangement peu entrecoupés par des gémissements de plaisir ne faisait qu’ajouter au mysticisme environnant.

    La vigilance en exercice et les sens en éveil qu’on le veuille ou non, je tirais de ces bacchanales un enseignement plus ou moins utile pour ma culture générale : il y a plus de couples mélangistes que de couples échangistes dans les clubs prévus à cet effet, ou tout au moins dans celui-ci. Qu’est-ce qu’un couple mélangiste me direz-vous ? C’est un couple installé dans le quotidien qui vient dans ce genre d’endroits juste pour le plaisir de faire l’amour en public à côté d’autres couples qui font de même, mais sans qu’il soit question d’échanger les partenaires. Ainsi, quelquefois, une femme s’éloigne de son mari pour s’approcher d’un couple en pleins préliminaires et caresser la main de celle qui se laisse aller au plaisir, lui signifiant ainsi son désir d’échanger. Alors, un petit signe de tête suffit à faire comprendre qu’un échange n’entre pas dans les mœurs du couple, et la femme qui a sollicité le troc sourit en s’excusant avant de rejoindre son homme pour aller trouver une autre proie. On ne peut qu’être surpris de cette subtilité gestuelle où rien n’est dit mais où tout est clair, subtilité d’autant plus remarquée au milieu de l’animalité des corps nus et dévoilés, délivrés de toutes normes, toutes règles en vigueur à peine quelques mètres plus haut, sur l’asphalte, à l’air libre, dans la partie émergée de l’iceberg-société que nous avons mis plus de temps que prévu à rejoindre.

    November 08

    Un club pas comme les autres (Part one)

    Devant nous, la porte était fermée. Sur la gauche, une sorte d’interphone à bouton unique sur lequel on a appuyé. Je ne saurais pas dire si ce fut nos visages qui passaient bien à la caméra sur le mur ou mes bas et mes bottes – allant pourtant à l’encontre du dress code femme-talons propre à ce genre d’endroits – qui  plaisaient au vigile dont la tête était probablement collé à la petite grille obscure incrustée dans la porte, mais celle-ci s’est ouverte sur quatre-vingt dix kilos en costume noir. Le vigile, car c’était lui, nous a dit bonjour en me regardant dans les yeux l’air de demander : « êtes-vous sûre de savoir où vous vous trouvez ma petite demoiselle ? ». Je le lui ai rendu son salut en soutenant son regard d’une manière empruntée qui se voulait à la fois assuré et espiègle, et j’ai tout de suite senti que cela avait fait son effet puisqu’il s’est écarté pour nous laisser accéder au vestiaire.

    On a donc laissé nos affaires, sac y compris, la dame du vestiaire m’ayant fait comprendre avec un sourire et une amabilité d’autant plus agréable que devenus trop rare de nos jours qu’il était de bon ton de ne pas trop s’encombrer, objets, vêtements et pudibonderie. Effectivement, après avoir descendu l’escalier menant au bar, à la piste de danse et aux divers coins canapés où siroter un verre, j’ai compris le bon sens de ces paroles lorsque jambes nues et bouts de fesse insuffisamment cachés par des mini-jupes (mini plus que jupe, cela ne faisait aucun doute) se sont agités sous mes yeux. Vêtue pourtant d’une robe, certes ultra longue puisque m’arrivant seulement en genou mais terriblement décolletée (la couleur et la dentelle de mon soutien gorge n’était plus un secret pour personne),  je me sentais plutôt coincée parmi ces peaux libérées, ces strings à la fête et ces pudeurs d’exhibitionnistes. Heureusement qu’on m’avait pris mon sac finalement. Les hommes, quant à eux, étaient tous en pantalon et chemise, relativement tirés à quatre épingles, le regard à l’affût mais non moins cultivé à l’image des tenues.

    Après nous être assis sur un des nombreux canapés cernant la piste de danse et avoir descendu une vodka pomme généreusement incluse dans le prix de l’entrée (68 euros pour le couple, tout de même), on a décidé de partir explorer les environs. Première étape sur la piste, où la musique plutôt sympa a fait vibrer nos corps, agiter nos bras, taper nos pieds sur le sol en raccordant quelquefois nos deux carcasses pour un peu de pelotage afin de se mettre dans l’ambiance du lieu. Pelotage interrompu par quelques micro vagues de narcissisme aigu à l’encontre d’un miroir qui, face à la piste, habillait le mur du sol au plafond pour mieux satisfaire les égos bouillonnants. Puis, désireux de passer à la deuxième étape de notre expédition, on s’est aventurés un peu plus loin, à côté du bar, pour un arrêt sur image devant une table portant, sur une nappe blanche, de multiples récipients dans lesquels j’ai sans aucun doute trouvé mon bonheur : des bonbons par ci, des bonbons par là, et même des quartiers de clémentine. Y’a pas photo, un club comme ça, c’est quand même plus classe que les boîtes qui courent les rues. Plus classe et plus âgé aussi, je venais de m’en rendre compte après une rapide analyse panoramique de mon champ de vision. Rien d’étonnant à ce qu’une heure avant, le vigile de l’entrée ait joué à qui-baissera-les-yeux-le-premier-pour-cerner-motivation : j’étais sans conteste la plus jeune. Qu’à cela ne tienne, on était déjà en route pour notre troisième étape : la recherche des toilettes, recherche qui allait nous mener à franchir la porte d’un autre monde…